The wild wood

Cela commence comme un conte pour enfants. Il était une fois, dans le village agricole de Romainville, en Seine-Saint-Denis, trente hectares de terres et un château, construit au 17e siècle.Propriété du seigneur Nicolas de Quelen jusqu’au milieu du 18e siècle, le terrain change de mains. La famille Gauvain,  nouveau propriétaire, exploite des carrières. La situation géographique et le dénivelé naturel du terrain à cet endroit en font un site idéal pour l’extraction du gypse dans l’industrie du plâtre. Le site est exploité jusqu’en 1965. Depuis la fin des années soixante le périmètre est interdit au public en raison des risques d’effondrement du terrain, véritable gruyère en surface et au sous sol. Depuis cinquante ans la nature reprend ses droits sur ces trente hectares. L’ancienne carrière est devenue aujourd’hui un bois sauvage et même, selon certains botanistes, la parcelle de nature la plus sauvage du département de Seine Saint Denis.

Plusieurs espèces d’oiseaux y ont trouvé refuge -parmi eux, quelques spécimens d’éperviers- et ce, à 5 minutes de Paris, dans le 93, l’une des zones les plus densément peuplées de la région parisienne…Plusieurs projets d’aménagement ont été conçus pour « domestiquer » cet îlot de nature. Un projet ambitieux né au début des années deux mille, appelé « Île de loisirs de la corniche des forts » a été réactivé (et modifié) en fin d’année 2017 après des années de sommeil. Les travaux devraient commencer en septembre 2018. Selon les dernières informations communiquées au public ce sont 6 à 8 hectares qui vont être aménagés dans un premier temps : comblement d’une partie des carrières souterraines, défrichage, création de rampes d’accès pour permettre l’ouverture, en 2019, d’une «plaine de loisirs» : mur d’escalade, solarium, prairie... Il est question aussi d’un poney club, d’un parcours d’accrobranche et d’un observatoire de la nature.

Ce site et son histoire nous interrogent sur le rapport que nous entretenons avec la nature, particulièrement lorsque nous habitons en ville.Comment appréhender un lieu sauvage comme celui là ? Faut-il nécessairement domestiquer la nature, la contraindre, ou la laisser s’épanouir sans intervention humaine, sans aménagement ? Comment la ville coexiste avec la nature ?A l’heure des travaux du Grand Paris et de l’extension de la ligne 11 du métro (la station « Romainville Carnot » verra le jour en 2019 à quelques centaines de mètres de ce bois) est-il envisageable que ce terrain hors normes échappe totalement à la spéculation immobilière ?

Il est difficile de prédire l’avenir et de répondre à ces questions, même si certains points ont été récemment précisés. C’est pourquoi j’ai souhaité documenter ce lieu tel qu’il est aujourd’hui, essayé d’en capturer l’atmosphère, pour en conserver la mémoire, quoi qu’il advienne dans l’avenir pour le bois sauvage.

 

There is a place in the north of Paris, in the city of Romainville, in the department of Seine st Denis (93), one of the most crowded in France, where it's forbidden to go. It is not a very difficult and dangerous suburb but a wild wood of 30 hectares who grew up after closing a gypsum quarry in the 60's. As the terrain was hilly and dangerous, the perimeter was closed to the public and nature resumed its rights during more than fifty years with any human action. Today this place is considered as the wildest area in the Ile de France region (the big area around Paris). After years of procrastination, local politicians decided to domesticate this portion of wilderness and will soon begin development work. I wanted to document this place before it changed its face.

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The wild wood

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