Le bois sauvage

Cela commence comme un conte pour enfants : il était une fois, dans le village agricole de Romainville, en Seine Saint Denis, trente hectares de terres et un château, construit au 17e siècle.

Propriété de Nicolas de Quelen jusqu’au milieu du 18e siècle, le terrain change de mains. La famille Gauvain nouveau propriétaire, exploite des carrières. La situation géographique et le dénivelé naturel du terrain à cet endroit en font un site idéal pour l’extraction du gypse dans l’industrie du plâtre. Le site est exploité jusqu’en 1965. Depuis, la fin des années soixante le périmètre est interdit au public en raison des risques d’effondrement du terrain, véritable gruyère en surface et au sous sol.

Depuis cinquante ans la nature reprend ses droits sur ces trente hectares. L’ancienne carrière est devenu aujourd’hui un bois sauvage et même, selon certains botanistes, la parcelle de nature la plus sauvage de toute l’Ile de France. Plusieurs espèces d’oiseaux y ont trouvé refuge - parmi eux, quelques spécimens d’éperviers- et ce, au beau milieu du 93 et de l’une des zones les plus densément peuplées de la région parisienne…

Plusieurs projets d’aménagement ont été conçus pour « domestiquer » cet îlot de nature. Un projet ambitieux né au début des années 2000, appelé « Ile de loisirs de la corniche des forts » figure toujours sur le bureau ou dans le tiroir de quelqu’un à la Mairie de Romainville et dans les dossiers du Conseil Régional, mais personne ne semble très bien savoir ce qu’il va advenir du bois sauvage. On parle de travaux de comblement, d’arrachage d’arbres, de la construction de murs d’escalade, d’un poney club, de passerelles suspendues et d’un observatoire de la faune et de la flore. On dit aussi que les bulldozers pourraient se mettre au travail cet hiver.

Elus locaux et régionaux, militants écologistes et citoyens engagés, tout le monde s’observe pour savoir qui va bouger le premier et pour faire quoi.

A travers ce site, c’est le rapport que nous entretenons avec la nature que l’on questionne : faut-il nécessairement la domestiquer, la contraindre, ou la laisser s’épanouir sans intervention humaine, sans aménagement ? Comment la ville coexiste avec la nature ?

A l’heure du Grand Paris et de l’extension des lignes de métro (la station « Romainville Carnot » verra le jour en 2018-2019 à quelques centaines de mètres de ce bois) est-il envisageable que ce terrain hors normes échappe à la spéculation immobilière ?

Il est difficile de prédire l’avenir et de répondre à ces questions. C’est pourquoi j’ai souhaité documenter ce lieu, essayé d’en capturer l’atmosphère, pour en conserver la mémoire, quoi qu’il advienne dans l’avenir pour le bois sauvage.

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Le bois sauvage

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