France / Fleming block of flats

When confronted with the Fleming housing block, one has impression it is slowly falling sideways. Like a block of granite, turned in upon itself, it crushes the passer-by. Its façade is harsh and unforgiving. Those who live here call it the Titanic. Rumour has it that the inhabitants of Fleming are "dirty and wicked." Coming from here is something one keeps for oneself. 

 

In the belly of the beast, the structure of the apartments is repetitive, but yields to the occupants and their cultural background. Upon entering the building, one clings to the walls of the elevator to avoid the puddles of urine spilled there every night. Puddles of urine as the political act of a minority of young and still hopeful rebels - pissing on society. In this culture it is clear that the minimum is already a source of satisfaction. Inhabitants get used to the environment and come to accept it as practical, with its easy accessibility and nearby convenience stores. One has to admit that this is good quality housing. Well designed, with large rooms, well-equipped kitchens, and thick concrete walls which insulate one from the neighboring apartments. The unknown is always fearful; better to stick with what we’ve got and try to be satisfied rather than to dream of a better future and risk disappointment. Ordinary people live here, each of them with their peculiarities, making them unique and remarkable human-beings. Fleming, this huge and homogeneous housing block, only hides differences and multiplicity. It does not erase them.

 

The caretakers / Testimony

 

Sometimes, when you’re in the office, you forget the mass above your head. The lodge is a haven, an airlock, from where you listen to others and are governed by the law of silence. The caretakers proposed to pose for me imitating the three wise monkeys. I suggested that they pose in the boiler room, which, for a time, was from where the local drug dealers ran their business.

 

Testimony in the lodge: "And the people, the people are every day - well, it’s not every day fortunately - these are people who have big problems in their lives and these problems, they come here to spit them out in your face. Ultimately, you, you’re a buffer, a sponge. But at some point, the sponge is full, and it can’t absorb any more. It's over. For some tenants you’re a doormat. What I mean is, imagine they have a pair of trainers, their lives are shit, so their trainers are covered in shit, so because their life is shit, they come and wipe their shit all over you, like a doormat. Wipe, wipe, wipe, all the shit in their life, all over you. Once there was an power cut - if you want to listen, this will take a while - a power cut the evening of 24 December, on Christmas Eve. This guy comes into the office, he almost killed Jerome and I. Super aggressive. He didn’t want to understand that it was the power company that had cut off half of Bonneuil. For him it was the guards, it was us who were responsible for the outage. That's it. It's like that. You see, Stephane, can you see me go nuts? Sometimes I go nuts. I can’t take it... we are human. We’re human beings.”  “You referred to B.?” “Look, B., you’ve seen the guy. Some bloke throws a bottle at his car, and guess what, he assaults me! He comes over, I open the window. Even though we're closed, I open the window. B., he assaults me. He says, "you know their NAMES, it’s your FAULT, it’s YOU, it’s YOU, it’s YOU." He’s like that. Me, anyhow. In the evening when I get home, you know, the first thing I do is talk to my wife, she’s my psychologist. I puke. BOUÂÂRGH. It's really... you know... I talk like that... it’s vomit, I puke it all back up, because if I were to keep it inside, day after day, I would... I would go nuts, I’d go really crazy. You... you go nuts. You hear of kids who go hungry, you hear of nasty guys who beat up their wives, guys who beat up their kids, you're ... pfff ... it's crazy. There are some who’re no longer pulling the devil by the tail, they’re pulling him by the balls! And then there’s death. The death of people, that’s ... it’s ... old age, the sadness of aging in a housing block is, it's a crazy thing. You’ve got old folk, and their only means of communication, it's you. Me, I had a tenant - it's a shame, she died - I went to see her twice a month because her son didn’t give a shit about her. And me, I was the only one. My, how we talked! I wrote her cheques, and she spoke to nobody else. That's heavy. When you see it. I tell myself, I fucking hope I don’t end up like that. I hope neither my wife nor I end up like that. I don’t want anyone to end up like that. It is sad to be closed in on oneself, and not talk to people. Human beings need to communicate."

 

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Figée sur sa dalle, Fleming tangue. Lorsqu’on lui fait face, elle donne l’impression de basculer très lentement. Uniforme, elle se replie sur elle, écrase le passant. Sa façade ne laisse aucune aspérité aux hommes. Ceux qui y vivent l’appellent « le Titanic ». Aux alentours on les fantasme « sales et méchants ». Et l’on ne se vente pas trop de venir de là.

 

Dans le ventre de la bête, la structure des appartements se répète mais cède cette fois la place aux hommes et à leur bagage culturel. Lorsque l’on y entre on s’accroche aux parois de l’ascenseur pour éviter l’urine déversée là chaque soir. Manière pour quelques uns de pisser sur la société. Pourtant, si ceux là, à l’âge des rejets et des espoirs se rebellent, ils restent minoritaires. Dans notre société, on s’aperçoit vite que le minimum est déjà source de satisfaction. On s’habitue à l’environnement et on le trouve même pratique. Des commerces à proximité, un accès facile… Et des logements finalement de bonne qualité. Des appartements bien conçus avec de grandes pièces et même une arrière cuisine, le béton aussi qui isole bien des voisins. Sans compter que l’inconnu fait toujours peur ; mieux vaut s’en tenir à ce que l’on a et tenter de s’en satisfaire plutôt que de rêver à un avenir qui pourrait s’avérer décevant… Ce type de construction est habité sommes toute par des gens ordinaires qui, pour chacun, possède ses particularités. Cela en fait des êtres uniques et remarquables. La Cité Fleming, cette barre immense et homogène ne fait que cacher les différences et la multiplicité. Elle ne les efface pas. 

 

Les gardiens / Témoignage

 

Quand on est dans la loge, parfois on arrive à oublier cette masse au dessus de nos têtes. C’est un petit havre écrasé, un sas de décompression à l’écoute des autres et régit par la loi du silence. Les gardiens ont d'eux même proposé de poser en imitant les trois singes. J'ai, pour ma part,suggéré de faire les portraits dans la chaufferie qui, pour un temps, fut «  propriété  » des dealeurs du coin.

 

Témoignage dans la loge: «  Et puis les gens, les gens c’est tous les jours – c’est pas tous les jours heureusement mais bon – ce sont des gens qui ont des problèmes déjà dans leur vie et ces problèmes là ils vont te les recracher à la figure. En fin de compte, toi, t’es un tampon, t'es une éponge. Mais à un moment donné, l’éponge, quand elle gonfle, c’est fini. Pour certains locataires on est un paillasson. C’est à dire que eux, imagine ils ont une paire de pompes, leur vie à eux c’est de la merde donc elle est accrochée à leurs pompes, donc ce qu’ils vont faire, parce qu’ils ont une vie de merde, ils vont venir te bombarder, s’essuyer sur toi  comme un paillasson. S’essuyer, s’essuyer la merde de leur vie sur toi  ; carrément. Une fois il y a eu une coupure EDF – si tu  m’écoutes parler on n’a pas fini – une coupure EDF le 24, c’est à dire, le soir, c’était le réveillons. Il y a un mec il est rentré, il a failli nous tuer moi et Jérôme. Mais le mec, super agressif, tu vois. Il ne voulait pas comprendre que c’était EDF qui avait coupé la moitié de Bonneuil. Pour lui c’étaient les gardiens, c’étaient nous qui étions responsables de la coupure EDF. Voilà. C’est comme ça. C’est pour ça, tu vois Stéphane, tu me vois péter des boulards mais il y a des fois… je pète des boulards. Tu ne peux pas… On est des humains. On est des être humains nous, quelque part.  » «  Tu fais référence à B.  ?  » «  Voilà, B., tu as vu le mec  ? Attends, le mec on lui jette une bouteille sur sa voiture, il m’agresse tout de suite le mec. Il vient, je lui ouvre la fenêtre alors qu’on est fermés, je lui ouvre la fenêtre, le mec, tout de suite il m’agresse. Il dit vous connaissez les NOMS, c’est votre FAUTE, c’est VOUS c’est VOUS c’est VOUS. Voilà  ; le mec. Moi, de toute façon, le soir quand je rentre chez moi, tu vois, la première chose que je fais c’est ma femme elle me sert de psychologue. C’est à dire que je dégueule BOUÂÂRGH. C’est vraiment… tu sais, je parle comme ça… c’est du dégueulis, je lui dégueule tout ça parce que si je gardais ça jour après jour, mais je… je pette un câble, je deviens barge. Tu… tu deviens barge. T’entends des mômes qui bouffent pas à leur faim, t’entends des mecs qui tabassent leur bonne femme, des mecs qui tabassent leurs mômes, t’as… pfff… c’est un truc de fous quoi. Il y en a, ce n’est plus le diable par la queue qu’il tirent, c’est par les couilles. Et puis, t’es confronté à la mort. À la mort des gens quoi, c’est… c’est… à la vieillesse, à la tristesse de vieillir en cité, c’est… c’est un truc de fou quoi. T’as des vieux, leur seul moyen de communication, c’est toi. Moi, j’avais une locataire – c’est dommage elle est décédée – bein j’allais la voir deux fois par mois parce que son fils il s’en battait les roubignolles. Et moi, c’était le seul moyen… on parlait quoi. Je lui remplissais son chèque et elle parlait à personne. C’est du lourd quoi. Quand tu vois ça. Moi je me dis putain, j’espère pas finir comme ça. Et j’espère ni ma femme finira comme ça. Et je ne souhaite à personne de finir comme ça. C’est triste d’être refermé sur soi même et de ne plus parler aux gens. L’être humain, il a besoin de communiquer.  »

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An ordinary chronicle inside a social building of the parisien suburb. Before it is destroyed. / Chronique ordinaire dans un immeuble de logements sociaux en région parisienne avant sa destruction.
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An ordinary chronicle inside a social building of the parisien suburb. Before it is destroyed. Portrait of a caretaker of the building. / Chronique ordinaire dans un immeuble de logements sociaux en région parisienne avant sa destruction. Un des gardiens.
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