Antonyme de la pudeur

Antonyme de la pudeur.
 
Texte Christian Caujolle.
 
La photographie, dans sa version documentaire, a vécu, entre autres dans la presse et dans l’esprit du lecteur / regardeur / voyeur sur l’idée qu’elle reproduisait, de façon « juste et vraie », le monde qu’elle était sensée représenter. C’est ainsi que, sur une base dont les photographes mieux que tout autre savent bien qu’elle est fausse, s’est constituée une crédulité, transformée en dogme et en croyance, tellement ancrée dans les mentalités qu’elle est devenue un fait de société et un fait de culture. Un fait dont bien des artistes, aujourd’hui comme hier, se jouent sur bien des modalités, de la parodie au détournement et de la fiction « attestant » de l’existence des faits à toutes les inventions visuelles et graphiques, bougées, floues et décadrées qui battent en brèche la religion. En ces temps où, en raison de la possibilité offerte à tous et à chacun de réaliser des images leur lecture même subit des bouleversements profonds et où l’on commence à voir se dessiner une véritable révolution dans la perception du monde, dans la lecture des images et, certainement dans des valeurs qui, entre autres la mémoire, ont fondé l’organisation du siècle qui vient de s’écouler, il n’est pas indifférent de s’interroger sur ce à quoi peut – doit ? – servir la photographie aujourd’hui. Elle a été, incontestablement, le mode de représentation dominant – et parfois arrogant – d’un vingtième siècle dont elle a fondé la mémoire. Qu’en sera-t-il demain, qu’en est-il aujourd’hui déjà de cette notion ? Et à quoi ressembleront après-demain les albums de famille ou les carnets de voyage, si tant est qu’ils existent en tant qu’objets physiques ? Cela, croyez-vous, nous éloigne de la pratique d’Ulrich Lebeuf, mais il n’en est rien car il affirme une fonction de la photographie, qui n’a pas été majoritaire parce que la presse voulait - contrairement à la justice, clairvoyante parfois - faire accroire qu’une photographie est une preuve. Et, pour cela, lui assignait pour mission de décrire, de « montrer », de donner à voir, d’expliciter, au risque de décevoir puisque, quelque puisse être la splendeur d’un coucher de soleil, aucune photographie ne saurait remplacer, voire même approcher, l’image qui en sera saisie. Il n’est qu’à voir la désolation des tourniquets de cartes postales. Ulrich Lebeuf, lui, affirme, brillamment, que la photographie est là pour évoquer et non pour décrire. C’est pour cela qu’il affirme un point de vue, qu’il dit « je », qu’il nous oblige à nous confronter à des rectangles historiés dont nous devons non point subir la grandeur ou la pertinence, mais nous impliquer en tant que lecteur autant qu’il l’a fait en tant qu’opérateur. Nous devons reconstruire le monde autant que lui-même l’a déconstruit et morcelé. S’il est inutile d’insister sur le contrôle savant de la lumière et de la palette qui construisent un univers dans lequel les rouges et les jaunes induisent une chaleur, voire une touffeur prenante, il faut regarder de près ce qui relève du cadre, du cadrage. Avec cette magnifique capacité à signifier deux choses. D’une part le fait que, par son regard, en isolant un détail, le photographe le transforme en signe et nous le livre comme objet d’interprétation et point de départ d’une « histoire » que nous construirons dans une liberté qu’il limite cependant par les bords de son rectangle. Une perruque blonde abandonnée sur un lit rouge, par exemple. D’autre part le recours au hors-cadre comme élément déterminant de l’organisation du point de vue : ce qui n’est pas montré devient plus important que ce qui est représenté. Cette pratique n’est pas nouvelle et l’on sait à quel point le cinéma, plus radicalement encore que la photographie, s’est emparé de cette possibilité du hors champ et l’a utilisé tour à tour comme une façon de dire beaucoup ou comme une façon de tromper énormément. Alors, il n’est guère important que ces images aient été réalisées sur le tournage de films érotiques ou pornographiques. C’est juste un jeu supplémentaire, qui interroge ce vieux questionnement sur l’érotisme dans lequel le fait de dévoiler est souvent capable, en tuant le mystère, d’atteindre le fantasme et de mettre fin au désir. Pourtant, il y a, à l’opposé de tout ce qui peut être glauque et affligeant dans la quasi-totalité des films porno, une certaine jubilation, de la vie et du clin d’œil dans tout ce travail. Il montre bien que, conçue ainsi, la photographie a un sens. Elle nous oblige à penser à regarder et voir vraiment. Ce n’est plus si fréquent.

Christian Caujolle.

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