Ma réflexion personnelle repose sur l’intimité dans son espace de vie privée. Mes documentaires photographiques sont réalisés en France. Durant 3 années, je suis allée de ville en ville, d’assiette en assiette, photographier une centaine de familles pour mon projet La table de l’ordinaire. J’ai obtenu le Prix spécial du jury de la Fondation Lagardère en 2006. En 2007, Raymond Depardon remarque le projet et me parraine pour Les sentiers de l’Olympe. En 2001, répondant à une commande de la Caisse des Dépôts, j’observais que les 3500 appartements de la cité HLM de la Grande Borne à Grigny, étaient conçus strictement à l’identique. Je m’interrogeais sur la manière dont les habitants s’étaient approprié les lieux ; comment une identité pouvait s’affirmer dans un environnement où l’architecture était clonée ? Ainsi, les clichés, pris du même endroit dans chacun des salons, soulignaient l’entassement dans les barres HLM. En 2002, poussée par l’influence du porno-chic dans les médias et l’indignation des féministes, je m’intéressais cette fois à l’intimité sexuelle dans le sado-masochisme. J’ai suivi cinq femmes dans leur intimité la plus absolue, et observé là, à ma plus grande surprise, beaucoup de tendresse et de poésie. Dans l’ensemble de mes projets, je définis un concept, un protocole, un mode de prise de vues qui va rendre compte au mieux de mes observations sur le terrain : la table devient le centre de l’image pour La table de l’ordinaire, point de vue identique pour les appartements de la cité de la Grande Borne, aucun visage pour laisser les corps raconter la sensualité des femmes dans Papillon rouge, pour la revue XXI sur les Français et la lecture, seuls les yeux et le livre sont nets dans l’image.